L’Italie, une entité aux deux visages

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Comme les deux faces d’une pièce de monnaie, la péninsule italique présente deux physionomies différentes et complémentaires : son yin et son yang en quelque sorte. En voilà deux particularités éloquentes : la conduite et la propreté.

Ce qui frappe au premier abord lorsque l’on pénètre dans le pays en voiture, c’est la façon particulière dont les descendants de Jules César conduisent. Et même si ce n’est pas la première fois que l’on s’essaye à la conduite transalpine, on reste toujours frappé par la fâcheuse tendance qu’ont les Italiens à ne pas respecter le code de la route.

Pourtant habitué à l’usage illicite qui peut en être fait, étant moi-même natif de Marseille, je reste toujours estomaqué par les proportions que cela peut prendre et le haut degré d’imagination qu’il a fallu à nos voisins pour atteindre le summum de la “chauffardise” !

J’ai le souvenir, mauvais, d’un retour de Venise, en pleine nuit, avec celle qui allait devenir ma femme, pendant lequel nous avons été obligés de nous arrêter pour dormir dans un hôtel après avoir failli nous faire harponner plusieurs fois par des véhicules arrivant en sens inverse, pleins phares et empruntant une troisième voie imaginaire.

Mais ce qui est encore plus frappant, c’est que plus on descend vers le sud de la “botte” et plus cette propension à défier les lois de la bienséance routière est exponentielle.

Qui n’a jamais conduit à Naples ne peut comprendre l’ampleur du phénomène. Pour l’illustrer, rien de tel que le vécu.

Alors que notre voiture était arrêtée à un feu rouge et que la queue s’étalait sur trois voies, une de plus que prévu par le code, encore que l’état de la route permettait tout juste de distinguer la ligne blanche continue qui servait de raie à l’asphalte défoncé, ne voilà-t-il pas qu’une quatrième file se forma sur la partie gauche de la chaussée, puis une cinquième du fait du passage d’un véhicule de police apparemment habituée à cette configuration pour le moins hallucinante pour nous autres simples mortels hexagonaux!

C’était sans compter les coups de klaxon et autres tentatives de passage en force devant nous, le tout agrémenté par le regard noir des conducteurs napolitains qui nous auraient presque fait croire que nous étions les fautifs, que c’était nous qui ne savions pas conduire. Et je ne parle même pas de leur façon de tourner à gauche : sans clignotant et en coupant la route au risque de se prendre quelqu’un de face. Je n’avais jamais rien vu de pire, sauf peut-être au Vietnam !

Les autres particularités de ce sud déroutant, ce sont la saleté et la décrépitude. Naples, c’est Beyrouth : un mélange de ville sortie de la guerre et de décharge à ciel ouvert. Rien n’est net, tout semble ne pas être entretenu, voire à l’abandon. Les poubelles jonchent les trottoirs, les voitures sont garées n’importe où, souvent en double ou triple files. Tout concourt à donner une impression de fin du monde, ou plutôt de la naissance d’un nouveau monde sur les ruines laissées par l’éruption du Vésuve tout proche.

Seules poches de quiétude, les hôtels pour touristes : le nôtre, pourtant situé au milieu d’une zone indéfinissable, mi-industrielle, mi-je-ne-sais-quoi d’autre, tout neuf pourtant, possédait tout le confort que l’on peut espérer d’un tel établissement dans un pays civilisé. Unique signe présageant une possible insécurité : un parking privé et gardé.

Tout cela constitue un contraste saisissant avec une ville comme Sienne, petite bourgade toscane historique, proprette, au charme bourgeois et à la tranquillité reposante, où l’on ne risque pas d’attraper de sueurs froides malgré la température fraiche en ce mois de novembre, ni un quelconque virus mortel au contact d’une horde de rats excités par un amoncellement de détritus abandonnés par l’Homme.

Mais cette image de pays en voie de développement n’est-il pas tout simplement le fruit de la situation économique désastreuse qui prévaut dans cette Italie méridionale dont la frontière nord virtuelle serait Rome ?

Cela parait une évidence quand on entend le parti politique de la Ligue du Nord réclamer la constitution d’un Etat fédéral, avec une grande autonomie pour les régions, parce que ses dirigeants, qui symbolisent la puissance industrielle de la partie septentrionale du pays, ne veulent plus supporter la charge financière que représente le Mezzogiorno, gangrené, qui plus est, par une Mafia omniprésente.

Cependant, une nation, quelles que soient les fondations sur lesquelles elle repose, est toujours constituée de riches et de pauvres. Et c’est sur le principe de la solidarité que toute communauté peut arriver à s’émanciper et évoluer vers le mieux-être.

Toute entité est composée du yin et du yang. Le nord florissant et le sud défavorisé de la péninsule représentent ces deux moitiés. Et c’est cette dualité indissociable qui forme tout simplement un peuple et un pays : l’Italie.

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