Sainte-Victoire, la montagne de Cézanne

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Photos Bertrand Donadille, 30 octobre 2015

Pour qui ne connaît pas encore la montagne Sainte-Victoire (Grand Site de France* et Site Natura 2000**) et sa Croix de Provence, suivez le guide sur les traces de Paul Cézanne.

* Grand Site Concors Sainte-Victoire

** 2 Sites Natura 2000 – Montagne Sainte-Victoire (Zone spéciale de conservation – ZSC – et Zone de Protection Spéciale – ZPS)

Le célèbre peintre aixois l’a en effet immortalisée sur pas moins de 44 huiles sur toile et 43 aquarelles, de la fin du XIXème siècle au début du siècle dernier.

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La Montagne Sainte-Victoire – Paul Cézanne, 1902-06

Huile sur toile, 65.1 x 85 cm Collection particulière © DR

Cézanne ne fut pourtant pas le seul artiste à être tombé amoureux du massif provençal.

Ainsi, Pablo Picasso, qui repose pour l’éternité au pied de la face nord, dans le jardin de son château de Vauvenargues.

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Vauvenargues et son château vus de la Sainte-Victoire 

Le peintre espagnol admirait, d’ailleurs, inconditionnellement, son aîné d’Aix-en-Provence et son oeuvre, comme l’indique ce qu’il déclara en 1958 lors de l’achat de ce qui sera sa dernière demeure :

– J’ai acheté la Sainte-Victoire de Cézanne !

– Laquelle ? demande le marchand d’art Daniel-Henry Kahnweiler, croyant que l’Andalou parle d’un tableau de son maître.

– L’original, répond Picasso.

Cette anecdote explique, peut-être, pourquoi il ne peignit jamais la montagne elle-même, qu’il pouvait contempler chaque jour de chez lui, mais uniquement le village où il s’était installé.

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Village de Vauvenargues, Picasso, 1959

Néanmoins, on ne peut avoir meilleure idée de la beauté de cette barrière calcaire et de son environnement qu’en grimpant sur son échine.

Pour cela, le mieux est d’entreprendre une randonnée sur le Sentier Imoucha : pas le plus facile – très caillouteux – ni le plus difficile – pas besoin de corde – mais certainement le plus spectaculaire, car il passe par les crêtes.

Par contre, c’est sûrement le plus emprunté.

La montée jusqu’au prieuré s’effectue en moins d’une heure trente pour de très bons marcheurs. Il faut ajouter entre cinq et dix minutes pour atteindre la Croix de Provence à 946 mètres d’altitude.

Comptez plutôt entre deux heures et deux heures et demie pour la plupart des promeneurs.

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Sur le sentier Imoucha

Le point de départ se situe au Barrage de Bimont (357 mètres), sur la commune de Saint-Marc-Jaumegarde, sur la route qui longe le versant nord, en direction de Vauvenargues.

(Il est à noter que l’on peut rejoindre, pour une autre balade, en aval de Bimont, le Barrage Zola, du nom de son architecte, François Zola, le père du romancier. Construit en 1851, ce fut une innovation technique à l’époque en tant que premier barrage voûte de la période industrielle.)

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Barrage de Bimont et Sainte-Victoire

INFO IMPORTANTE : jusqu’en septembre 2019, l’accès au sentier par le couronnement du barrage sera fermé du lundi au vendredi en raison des travaux de rénovation des aménagements hydrauliques. Le lac sera également à sec !

Après avoir quitté le parking, il faut traverser l’ouvrage de béton, prendre le chemin qui part sur la gauche à son extrémité et suivre le balisage bleu.

Le site appartient à la Société du Canal de Provence et son accès est soumis à des horaires qui diffèrent suivant les saisons (7h à 20h de mars à octobre et 9h à 18h de novembre à février).

Attention, également, de ne pas oublier d’emporter à boire car il n’y a aucun point d’eau dans le massif et la température monte vite, même fin octobre.

Après une courte portion relativement plane dans la forêt, le côte s’élève rapidement. On se retrouve en peu de temps au-dessus des arbres.

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  Lac de Bimont

Le progression devient de plus en plus pénible sous l’effet du soleil, de l’escarpement et des roches instables qui roulent sous les chaussures.

On se demande quand on va enfin pouvoir atteindre ce sommet qui se profile dans le ciel, tout là-haut !

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Croix de Provence vue du sentier Imoucha

Heureusement que la vue est splendide !

Au nord-est, on peut observer les sommets du Verdon et la chaîne des Alpes.

Au nord-ouest, on peut distinguer par beau temps, le Géant de Provence : le Mont-Ventoux dont le massif est un site Natura 2000 reconnu par l’Unesco comme Réserve de Biosphère.

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De l’autre côté, vers le sud, au-delà de Gardanne et ses cheminées, on aperçoit la Méditerranée, au niveau de Marseille et de sa rade.

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On arrive finalement à proximité du Prieuré que surplombe la Croix de Provence. La pente devient moins raide.

Le moral remonte !

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Ermitage à son origine au Vème siècle, il fut transformé en prieuré au XVIIème et devint un lieu de pèlerinage.

Son accès s’effectuait alors par le versant nord du massif, par un chemin qui constitue aujourd’hui un tronçon du GR9, appelé “Sentier des Venturiers” en référence aux pèlerins qui viennent faire, encore de nos jours, “lou roumavagi di Santo Venturi”, le pèlerinage de la Sainte-Venture.

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Prieuré de Sainte-Victoire et Chapelle Notre-Dame de Victoire (à gauche)

Un arrêt s’impose dans l’enceinte religieuse pour recharger les batteries et goûter au calme de l’endroit. Il existe même un refuge pour y passer la nuit.

Avant de repartir, il ne faut pas oublier de traverser la cour et d’emprunter la passerelle pour aller contempler l’à pic vertigineux qui tombe en-dessous.

Au loin, sur la gauche, se dessine le Massif de la Sainte-Baume et dans la plaine de Pourrières (Pays de la Provence verte, Var), le village de Trets (Bouches-du-Rhône) dans la Haute vallée de l’Arc.

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Sainte-Victoire : versant sud

Il ne reste plus que la dernière étape à franchir, et non des moindres : l’ascension vers la croix, la partie la plus escarpée de la randonnée.

Mais à l’arrivée, quel panorama à 360° sur toute la région !

Spectaculaire !

On se croirait sur le toit du monde dont un gardien, ce jour-là, surveillerait l’entrée accroché à son aile colorée.

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Croix de Provence

Vers l’est, le GR9 suit la ligne de crête jusqu’au point culminant de la Sainte-Victoire : le Pic des Mouches qui s’élève à 1011 mètres d’altitude.

On peut y accéder plus rapidement par le versant nord de la montagne, par un sentier qui part du Col des Portes (631 m) situé quelques kilomètres après Vauvenargues, en direction de Rians.

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 Pic des Mouches, au bout de la crête

Après un repos bien mérité et une bonne collation devant ce paysage à couper le souffle, le retour s’avère moins fatigant, mais pas moins dangereux.

La roche calcaire peut être très glissante lorsqu’elle est humide et de nombreux cailloux de toutes tailles et bancals parsèment le sentier.

En plus, on a souvent le nez en l’air pour observer les évolutions des parapentistes confirmés qui bénéficient en ces lieux de deux sites homologués par la Fédération française de vol libre (FFVL).

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Vol au-dessus de la Sainte-Victoire

En contrebas de la face sud, se trouve le joli petit village de Saint-Antonin-sur-Bayon, la commune la moins peuplée du Pays d’Aix.

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Les falaises qui le dominent sont également un haut lieu de l’escalade dans la région.

Enfin, la descente est l’occasion d’admirer à loisir l’ouest du massif, avec à son extrémité, la Cité du Roi René (René d’Anjou), et à l’horizon, l’Etang de Berre et la Méditerranée, du côté de Fos-sur-Mer.

Sublime !

En contrebas, au sud du Lac de Bimont (à gauche sur la photo), dans le Parc départemental de Roques-Hautes, se trouve la Réserve naturelle de Sainte-Victoire (interdite au public) qui comprend un gisement paléontologique à œufs* de dinosaures vieux de 74 millions d’années (Crétacé supérieur, -100 à -66 Ma).

* Ils ont donc été pondus avant le soulèvement du massif (il y a 66 Ma) lorsque cette partie de la Provence, qui venait d’émerger, était une plaine inondée à chaque saison des pluies, où serpentait une grande rivière d’eau douce (comme la vallée du Nil aujourd’hui).

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Côté Ouest du Massif de la Sainte-Victoire

Et à l’instar de Cézanne et de son ami Emile Zola, de Picasso, mais aussi d’Auguste Renoir, de Kandinsky et de tant d’autres artistes moins célèbres ou anonymes, nous sommes devenus des amoureux de celle que Frédéric Mistral appelait Mount Ventùri*.

* Jusqu’au XVIIe siècle, la Sainte-Victoire est connue sous le nom de Mont Venture (Ventùri) ou Santo Venture (Santo Ventùri) du nom du dieu Celto-ligure de la montagne : Venturi (la racine Vent- désignerait les lieux en hauteur ou les montagnes. On la retrouve également dans le nom du Mont Ventoux. D’ailleurs, dans les textes du Moyen-âge, le mot Venturus désigne ces deux sommets). 

La Sainte-Victoire prendra son nom actuel lors de la construction de la Chapelle Notre-Dame de Victoire (1657-1661) appelée ainsi pour commémorer on ne sait pas vraiment laquelle.  

A suivre : Voitures d’antan dans les Jardins d’Albertas

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