
Le Sultanat de Yogyakarta (Kasultanan Ngayogyakarta Hadiningrat) constitue la quasi totalité du Territoire spécial de Yogyakarta (Daerah Istimewa Yogyakarta), sur l’île de Java, l’équivalent d’une province.
Photos Bertrand Donadille, 14 juillet 2018
Le mot Kraton (ou Keraton) provient du mot “ke-ratu-an” qui signifie en javanais “l’endroit où habite la reine / le roi”.
Au sens large, le Keraton Ngayogyakarta Hardiningrat est le complexe royal de la cité de Yogyakarta et son centre spirituel, culturel et politique.
Enceinte fortifiée à l’intérieur de laquelle vivent 25 000 personnes, c’est un véritable village dans la ville, avec son marché, ses commerces, ses ateliers d’artisans, ses écoles et ses mosquées.
C’est en quelque sorte un quartier hors du temps !
Le Kraton de Yogya (nom donné par les habitants) a été construit entre 1755 et 1790 par le fondateur de la cité, le sultan Hamengku Buwono I.
Il est inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1995.
On entre dans le palais principal en rejoignant Pelataran (la cour) Kemandungan Lor (ou Keben, du nom des arbres qui y sont plantés) où se trouve la billetterie.
On pénètre alors par Regol Sri Manganti – regol est une entrée, un passage, généralement monumental, dans une muraille – dans le Complexe Sri Manganti dans lequel se dressent ce qui étaient des salles de réception :
– Bangsal (le pavillon) Sri Manganti où le sultan accueillait les invités importants ;
– Bangsal Trajumas où les fonctionnaires du sultan s’occupaient de ses invités.
Aujourd’hui, ces pavillons sont utilisés à des fins culturelles en servant de décor pour l’expression des arts javanais de la scène.

On peut assister ici, dans le Bangsal Trajumas, à un spectacle populaire de marionnettes de Java, le Wayang ou Théâtre d’ombres (”Wayang” signifie “ombre”), sous la forme du Wayang Kulit*. Les marionnettes sont manipulées par le dalang, à la fois marionnettiste-narrateur et chef de la troupe.
* Dans le Wayang Kulit, on utilise des marionnettes plates en cuir, “kulit” étant la traduction de “peau” (vache ou buffle).

Les chanteuses (pesinden) et les chanteurs (wirasuara) sont accompagnés par un gamelan, l’orchestre traditionnel à Bali et Java, avec xylophones, gongs et tambours comme instruments principaux.

Suivant les jours, on peut assister également à des spectacles de danse, des concerts de gamelan ou à la déclamation de poésie javanaise (macapat).
On poursuit la visite en empruntant Regol Danapratopo (ou Danapratapa), “surveillée” par les Abdi Dalem, les serviteurs du Kraton qui dédient leur vie au sultan (”abdi”, “servir” et “dalem”, “intérieur”).

On accède alors à Pelataran Kedaton, la “cour royale”, partie la plus centrale du palais, le lieu de vie du souverain.
En effet, le Kedaton, ou Kedhaton, est toujours la résidence du roi de Yogyakarta, qui est aussi gouverneur du territoire, Sri Sultan Hamengku Buwono X, et de sa famille.
Il inclut des salles d’exposition aux collections diverses, mais surtout de splendides bangsal et gedong (ou gedhong, “bâtiment”).
Le premier que l’on aperçoit est le Bangsal Mandalasana, un kiosque à musique européen des années 1920, aux vitraux décorés d’instruments de musique.

Il ne faut pas oublier qu’au début du XXe siècle – jusqu’en 1942 et l’invasion des troupes japonaises – Java, et l’Indonésie, était encore une colonie néerlandaise.
A droite du kiosque se trouve le quartier privée du sultan.
On peut voir une galerie avec, d’abord, Panti Sumbaga, la bibliothèque, puis, après l’arcade, le Gedong Purworetno ou Purwaretna (avec l’auvent vert) qui est l’emplacement du bureau officiel de Hamengku Buwono X (HB X).

Dans le prolongement, il y a le Gedong Jene (ou kuning), le “Palais Jaune” (le jaune, couleur du soleil, est le symbole du Dieu suprême). C’était auparavant la résidence du roi régnant. Maintenant, sous la souveraineté de Sri Sultan HB X, ce bâtiment est utilisé pour accueillir des invités importants.
La résidence officielle actuelle, le Kraton Kilen est située dans la même zone derrière tous ces édifices.
Le bâtiment le plus haut, dans le fond, est le Gedong Proboyekso (ou Prabayeksa), l’endroit où le patrimoine royal est conservé : bijoux, trône et autres symboles.
Enfin, devant ce dernier, nous avons le Bangsal Kencana (ou Kencono), le “pavillon d’or” (ci-dessous également).

C’est le grand hall de réception, le pendopo, nom qui vient du mot sanskrit “mandapa”, “pavillon”.
Il symbolise le Gunung Merapi, volcan sacré pour les Javanais.
Admirez le sol en marbre et les magnifiques colonnes en teck sculptées.
Dans le temps, c’était la salle du trône où se tenaient les audiences royales. Aujourd’hui, il est utilisé pour recevoir les invités les plus importants et pour des cérémonies traditionnelles comme celle du couronnement du sultan.
A côté du Bangsal Kencana, se trouve le Bangsal Manis, le “pavillon sucré” qui sert pour les dîners officiels.

Il est décoré avec des vitraux de style hollandais et des lustres en cristal de Bohême.
On peut y admirer une tête sculptée de Rakshasa, créature légendaire de la mythologie hindoue, qui symbolise ici, Kâla, le dieu de la destruction dans la théogonie javanaise.

Accolé au mur sud de Pelataran Kedaton, le Gedong Patehan est le bâtiment où des Abdi Dalem sont chargés de préparer des boissons et notamment du thé pour les besoins du palais.
Le nom de “Patehan” lui-même vient du mot “thé”.
Dans le gedong se trouve également le Museum Cangkir (Musée de la Coupe) qui présente des ustensiles de cuisine liés aux boissons.
Sur la terrasse couverte est exposé ce palanquin royal du XIXe siècle.

Un peu plus loin, en sortant de la Cour Royale, on arrive, à l’extrémité sud-est du Kedaton, au Gedong Kaca qui abrite le Museum Sri Sultan Hamengku Buwono IX dédié à sa mémoire et inauguré en 1992 par son fils, l’actuel sultan.
Dans ce nouveau pavillon vitré au plafond surchargé on a reconstitué son bureau.

Enfin, en bordure du mur Est, il y a le quartier Kesatriyan qui servait à une époque de résidence aux fils célibataires du roi.
Le lieu est utilisé aujourd’hui pour l’organisation d’activités événementielles.
L’édifice principal de cet espace est le Pendapa Kesatriyan dans lequel une exposition d’instruments de gamelan est visible.
Dans la cour, comme dans le reste du palais, un Abdi Dalem en uniforme traditionnel et armé de son kriss (une sorte de poignard), veille à la tranquillité des lieux.

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A suivre : Jimbaran et sa baie