
Tour de l’Horloge, campanile du XVIIe siècle (emplacement probable de l’ancienne halle)
Le village ardéchois d’Alba-la-Romaine, qui domine l’Escoutay (affluent de l’Ardèche), est situé dans une plaine viticole proche du Rhône, entre Montélimar et Aubenas, au pied du plateau du Coiron
Photos Bertrand Donadille, août 2018
L’histoire du village débuterait à l’Antiquité avec un site gaulois, Alb, dont il est aujourd’hui acquis que le nom viendrait d’une vieille racine, certainement pré-celtique, qui signifie “hauteur”, “montagne” (autre forme : ”Alp”), et non du latin “alba”, de “albus”, “blanc”.
Au premier siècle avant J.-C. se développa l’oppidum d’Alba Helvorum (ou Alba Augusta Helvorum), la capitale du peuple des Helviens (de la racine celtique “elv” ou “elvo”, signifiant “nombreux”) car ces derniers furent romanisés rapidement.
Leur territoire, l’Helvie (qui correspond au Bas-Vivarais) fut intégré sous Auguste (Augustus) à la province de l’Empire romain, la Narbonnaise (Provinciae Narbonensis).
La cité gallo-romaine eut l’avantage de se trouver sur le tracé d’une route importante à mi-chemin de la Vallée du Rhône et des Cévennes.
Sur le site archéologique, on peut voir le Théâtre antique du IIe siècle de notre ère. C’est le troisième des théâtres successifs édifiés au même endroit. Il a la particularité d’être traversé par un cours d’eau, le ruisseau d’Aunas, ou ruisseau du Massacre (affluent de l’Escoutay) qui fut canalisé au fil des différentes constructions.

Sur la rive droite se trouvent les gradins et une avant-scène en forme de fer à cheval. La scène se trouvait au-dessus de l’eau et sur la rive droite, il y avait un mur de scène.
Il semblerait que le déclin de la ville s’amorça au milieu du IIIe siècle lorsqu’elle commença à perdre son influence politique et administrative.
De la fin du IVe à la fin du Ve siècle, elle devint le siège épiscopal de la région, mais, le transfert de la résidence des évêques, et donc, du pouvoir religieux à Viviers et le fait qu’Alba ne se trouve plus sur une voie de communication principale, ainsi que les nombreuses attaques des Vandales, entraînèrent la désaffection et la ruine de la ville.
Il faudra attendre le XIe siècle et l’édification par ces mêmes évêques d’une tour carrée, qui servit peut-être de donjon, pour que soient fondés un premier castrum et un nouveau bourg : Aps (De la forme latine “alpes”. Même sens que “alb” ou “alp”).

Le village médiéval se caractérise par une architecture particulière avec des façades mélangeant basalte et calcaire, ce dernier provenant en grande partie du site archéologique voisin.
Des fortifications encore visibles datent du XIIIe siècle.
Le château, inscrit aux Monuments Historiques, dont la construction s’étala du XIe au XVIIe, est perché sur un dyke (ou dike) : cette roche éruptive, plus ou moins verticale, qui a l’aspect d’une muraille, fut mise en relief par l’érosion des roches plus tendres dans lesquelles elle s’étaient infiltrée.

Parc du château : jardin intérieur
Les premiers seigneurs choisis par les évêques de Viviers appartenaient à la famille d’Aps dont on ne connait pas grand-chose. Ils furent nommés barons par les ecclésiastiques et le restèrent jusqu’au milieu du XIIIe siècle, époque à laquelle la baronnie revint à la famille de Deux-Chiens (ou de Douchanes) en 1267, puis à la famille des Adhémar de Grignan en 1290.

Entrée du château neuf et façade Renaissance
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les derniers seigneurs appartiennent à la Famille de la Beaume de Suze (à partir de 1612), à qui on doit l’apparence actuelle du château, et à celle de Montagut (1668-1793).

Cheminée de la cuisine médiévale (XVe siècle)
Aps garda son nom jusqu’en 1903 quand le village s’appela de nouveau Alba, puis Alba-la-Romaine en 1986.
N.B. On peut s’étonner que le site archéologique d’Alba Helvorum soit situé au milieu d’une étendue plane alors que le terme “alba” désigne plutôt un lieu en hauteur. Malheureusement, on n’en connait pas la raison.
Précédemment : Balazuc, Ardèche
A suivre : Mont Gerbier de Jonc, sources de la Loire