
Deuxième étape de notre périple de 2 jours sur les volcans de Java : le cratère du Kawah Ijen (2386 m), avec ses flammes bleues, son lac, le plus acide du monde, et ses gaz toxiques !
Bienvenue en enfer !
Photos Nathalie (4,7) et Bertrand Donadille (1-3,5,6,9,10,13-22) ainsi que notre guide Hari (8,11,12), 18 juillet 2018
Après avoir quitté le Gunung Bromo, 4 heures plus tôt, nous avons rejoint en minibus notre hôtel dans la ville de Bondowoso, au pied du massif de l’Ijen, pour un petit repos de quelques heures.
Nous sommes repartis vers 23 heures pour arriver, après 2 heures de route supplémentaires, au hameau de Pos Paltuding, à 1900 m d’altitude, le “camp de base” pour l’ascension du cône volcanique.
La montée à la lampe de poche jusqu’au bord du cratère, qui dure 1h30, est assez éprouvante dans sa première heure. Mais un arrêt dans un warung (endroit où on peut se restaurer) à flanc de montagne, au niveau des baraquements des mineurs, nous a permis de reprendre des forces avant d’attaquer la dernière partie plus tranquille.
C’est à ce moment-là que les masques à gaz sont entrés en action !
Seuls les guides, d’anciens porteurs habitués aux émanations toxiques, se contentent de simples foulards.

La descente a commencé sous l’oeil d‘un porteur prenant un repos bien mérité après avoir remonté son chargement de plusieurs dizaines de kilos de soufre !

Le sentier pierreux et glissant est périlleux, surtout dans l’obscurité. On distingue seulement sur la pente les petites lumières des lampes torches des touristes qui serpentent en file indienne jusqu’au fond du cratère, 200 mètres plus bas.


On discerne également la lueur des fameuses flammes bleues qui s’élèvent des fissures situées sur les flancs du Kawah Ijen.



Lorsque les gaz sulfureux rejetés par le volcan entrent en contact avec l’oxygène de l’air, ils produisent des dépôts de soufre.
Pour exploiter au mieux cette soufrière, des tuyaux en métal ont été installés. Ils retiennent ces fumerolles qui se condensent en refroidissant. Le soufre liquide se cristallise ensuite en sortant des canalisations et les mineurs peuvent le casser à coup de barres à mine.


La couleur du soufre se modifie. De brun, il devient jaune, en passant par différentes nuances orangées, lors de sa transformation de l’état liquide à l’état solide, ce qui donne ces incroyables teintes.

Après avoir profité de ces fantastiques paysages nocturnes, au lever du jour nous est enfin apparu le lac turquoise (ou émeraude) du cratère du Kawah Ijen (“cratère vert”, en indonésien).

Son acidité extrême provient de la dissolution des gaz volcaniques sous l’eau qui libère des molécules d’acide sulfurique et d’acide chlorhydrique dont le lac est le plus grand réservoir au monde.

Contrairement à ce que l’on croit, on peut toucher le liquide quelques instants sans danger. J’ai toujours mes doigts !
Le cratère présente un paysage complètement minéral, recouvert de soufre et envahi par instants par les incontournables fumerolles toxiques et irritantes.

La remontée sur les pentes piégeuses peut s’avérer inconfortable. Les masques à gaz gênent la respiration et leur efficacité s’avère limitée lorsque les émanations gazeuses rabattues par le vent sont trop importantes.
Depuis notre descente dans la gueule du Kawah Ijen, nous avons dû à plusieurs reprises leur tourner le dos et nous accroupir sur le sol pour les empêcher d’entrer à l’intérieur de notre protection de caoutchouc.
Mais malgré ces précautions, les effluves arrivent à pénétrer dans les poumons, et on les sent passer !

Heureusement, tous ces petits désagréments ne sont que des péripéties comparés à l’expérience fantastique qu’a été notre excursion.
Le retour, de jour, nous a offert de superbes vues sur le cratère !
Comme la fatigue commençait à se faire ressentir, on a profité des nombreuses pauses pour faire des photos.




Ce qui peut être un moment d’extase pour le simple touriste, peut être un chemin de croix pour les porteurs de soufre !

On est finalement revenu sur l’arête sommitale du cratère qui représente la fin du calvaire pour ces forçats* de l’Epoque contemporaine. En effet, auparavant, ils devaient ramener leur cargaison jusqu’à Pos Paltuding. Mais aujourd’hui, la suite du transport s’effectue par d’autres moyens.
* Même s’ils sont très bien payés par rapport au reste de la population et qu’ils sont fiers de faire ce métier, leur espérance de vie reste inférieure à 50 ans. Ils effectuent entre 2 et 3 allers-retours par jour suivant leur âge, ce qui est ahurissant et éreintant!

Pour notre part, nous sommes redescendus pour rejoindre le “camp de base”.
La végétation a repris ses droits.
Au loin s’élève le Gunung Raung, le “mont qui rugit” (3312 m).
Il fait partie, comme le Kawah Ijen de la caldeira de Kendeng (ou caldeira de l’Ijen) issue de la violente éruption qui a entrainé la destruction, il y a 50 000 ans, du volcan Old Ijen.

Précédemment : Les envoûtantes flammes bleues du Kawah Ijen (video)
A suivre… Temple de Java : Borobudur