
Les“pierres fleuries” et le site archéologique du Tohua Mauia dans la luxuriante vallée de Hohoi (Hoho’i), au sud-est de l’ile de Ua Pou (Iles Marquises)
Photos Nathalie Donadille, février 2011
Pour rejoindre Hohoi à partir de Hakahau, on emprunte la Route Territoriale 451 (en fait, une piste de 14 kilomètres) vers le sud.
Au bout de quelques kilomètres, la piste atteint les hauteurs de la Vallée des Rois. En contrebas, on aperçoit le hameau de Hakamoui, qui était le village principal de Ua Pou jusqu’en 1845.
Fief d’Heato, le dernier chef de l’île, il a été abandonné par ses habitants à la mort de ce dernier. Heato est enterré quelque part dans la vallée. Mais le lieu est tapu, interdit. Et, certainement, personne, aujourd’hui, n’en connaît l’emplacement exact.
En tout cas, Hakamoui commence à renaître. Il faut dire que la fée « électricité » y est apparue récemment.
Plus loin, on domine la façade Est de l’ile avec sa côte escarpée et déchiquetée.



Au bout de la piste, on arrive à la Baie de Hohoi.



A quelques encablures de la plage de galets et de roches polies par les vagues, nagent de magnifiques raies mantas.

C’est en ces lieux que l’on peut trouver les exceptionnelles pierres fleuries, appelées ainsi pour leurs dessins en forme de pétales de fleur.

On ne peut voir ces phonolite* à grenats (ces derniers constituent les fleurs), qu’en de très rares endroits au monde : au Brésil, peut-être également en Éthiopie et dans le Massif Central, ainsi que dans deux autres vallées de l’ile, Hakatao et Hakahetau.
Les plus belles sont celles qui se trouvent sur Ua Pou et les sculpteurs locaux gardent jalousement le secret de leur emplacement exact, d’autant plus que les pierres fleuries sous forme de galet, sur les plages, sont devenues presque introuvables. L’endroit a, en effet, été copieusement pillé. De nombreux objets ont été fabriqués dans cette pierre, malgré le fait qu’elle soit extrêmement dure, et donc difficile à travailler.
* La phonolite est une roche magmatique (volcanique) assez courante lorsqu’elle n’a pas de grenats
En quittant la baie, on se dirige vers le site archéologique du Tohua Mauia, niché au milieu de la végétation tropicale, à 2 km de la mer, à l’intérieur de la vallée de Hohoi,

* C’est à la fois le nom de l’arbre et de son fruit, dont on extrait le jus appelé “noni”, que les Polynésiens utilisent pour ses propriétés médicinales
Ce tohua (vaste ensemble communautaire marquisien constitué d’esplanades et de plateformes où se déroulaient les festivités et les rencontres entre les différentes tribus) date de deux époques : XVIe et XVIIIe siècles.
Abandonné depuis la fin du XIXe, il a été restauré en 2006 à l’occasion de l’accueil l’année suivante, du 7e Festival des Arts des Iles Marquises (Matavaa o te Fenua Enata, en marquisien) qui se tient maintenant tous les quatre ans alternativement sur les 3 iles principales de l’archipel : Ua Pou, Nuku Hiva et Hiva Oa. De mini-festivals sont aussi organisés sur les iles plus petites de Tahuata, Fatu Hiva et Ua Huka.
Des ha’e (grandes cases) ont été reconstruites sur leur paepae (plateformes lithiques). Ces maisons traditionnelles abritaient les spectateurs. Ils logeaient, en effet, sur place, pendant plusieurs jours.



Des sculptures de pierre ou en bois s’élèvent un peu partout.



* Statues représentant un dieu, un génie ou un ancêtre. Le tiki renferme le “mana” (esprit, force surnaturelle) de l’idole
On peut voir également cette belle pierre à cupules.

Ces pierres étaient insérées, la plupart du temps, dans le pavage des sites.
Les archéologues supposent que les cavités servaient, à l’origine, à perforer circulairement les grattoirs en coquillage utilisés pour la préparation des taros ou des fruits de l’arbre à pain.
Les Polynésiens actuels pensent qu’elles recevaient les teintures destinées aux tatouages.
On trouve parfois ces pierres dans les murs des plateformes. Dans ce cas, elles n’ont évidemment plus la même fonction.
Précédemment : Les piliers des Marquises : de Hakahetau à Hakahau