
Le Musée Egyptien du Caire, qui a été créé en 1858, renferme la plus grande collection au monde d’antiquités pharaoniques auxquelles il est entièrement consacré.
C’est le Français Auguste Mariette, le premier Directeur des Antiquités d’Egypte (le Mamour) qui a réuni les premières collections.
Photos B. et N. Donadille, juillet 1989
De style néo-classique, le musée actuel a été construit en 1900, Place Tahrir, dans le centre-ville (Wast al-Balad, littéralement : centre/coeur de la ville). Les collections ont été installées en 1902. Il sera bientôt remplacé par un nouveau musée archéologique dont les bâtiments sont en construction près des pyramides de Gizeh.
Ce prochain Grand Musée d’Egypte devrait ouvrir d’ici deux ans. Il sera deux fois plus grand que le Louvre et abritera 100 000 pièces d’antiquité.
En 1989, lors de notre passage au Caire, nous avons pu visiter le Musée Egyptien et admirer le fabuleux trésor de Toutankhamon dont la pièce maitresse est évidemment le fameux masque funéraire en or massif (il pèse plus de 10 kg), incrusté de cornaline, turquoise, lapis-lazuli, quartz, obsidienne et pâte de verre. Il couvrait le visage, les épaules et une partie du buste de la momie.

Toutânkhamon a été, au XIVe siècle avant notre ère, le 11e pharaon de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire). Il serait le fils d’Akhenaton et de la reine Néfertiti et serait né vers -1345. Il serait monté sur le trône à l’âge de 9 ou 10 ans, vers -1335, et mort vers -1327, à 18 ou 19 ans, voire 20 ans pour certains égyptologues.
Son tombeau a été découvert en 1922 par l’archéologue britannique Howard Carter dans la Vallée des rois, sur la rive ouest du Nil, face à Louxor, l’ancienne Thèbes. C’est la plus petite tombe royale du site.
Son ouverture en présence de Lord Carnarvon, le mécène de Carter, a permis de mettre à jour près de 5400 objets dont, bien sûr, les magnifiques sarcophages momiformes :
– le sarcophage intermédiaire : en bois, recouvert de feuilles d’or avec des incrustations de cornaline, de lapis-lazuli et de pâte de verre multicolore.

– le sarcophage intérieur dans lequel se trouvait la momie : en or martelé massif (110 kg), également incrusté de pierres semi-précieuses et de pâte de verre. A la différence du premier, le cou est orné d’un collier de deux rangées de disques en or et en faïence.

Sur ces deux sarcophages, Toutânkhamon est représenté dans la pose traditionnelle d’Osiris*, bras croisés sur la poitrine avec les sceptres royaux : le flagellum Nekhekh (le fouet ou fléau), symbole de la royauté du sud et la crosse des bergers (heka ou heqa) pour la royauté du nord. Il porte la barbe postiche recourbée des dieux, à la fois parce qu’il est un dieu vivant quand il règne, et parce que dans la mort il s’identifie à Osiris*.
* Osiris est le dieu des morts, mais aussi le premier roi mythique de l’Egypte, d’où les attributs des pharaons.
Sur la coiffure, le némès (dans la réalité, un tissu en lin aux rayures blanches et bleues), se dressent les divinités tutélaires égyptiennes : le vautour, qui symbolise la déesse Nekhabet, protectrice de la Haute-Egypte et l’uræus (le cobra femelle) qui représente la déesse-serpent Ouadjet, protectrice de la Basse-Egypte.
Parmi les objets découverts dans le tombeau, il y a de nombreuses statuettes aux fonctions diverses.
Ici, nous avons différents dieux qui accompagnent et protègent le pharaon dans son voyage dans l’au-delà, dieux qui sont aussi la représentation du défunt.

Le personnage central qui porte la couronne de quatre plumes représente Shou, le dieu de l’air (en bois doré).
On trouve également la représentation du dieu Horus, protecteur du pharaon, sous sa figure hiéracocéphale (homme à tête de faucon), ainsi que sous sa figure animale avec ces deux faucons en bois doré incrusté de verre, d’argent et de bronze, couchés sur leur pavois :
– celui de gauche est désigné sous le nom de Gemehsou (bec en argent, flagellum en bronze sur le dos).
– celui de droite, qui porte deux plumes, est nommé Sopdou. C’est un ancien dieu vénéré dans la partie orientale du Delta du Nil.
Les deux oiseaux sont des faucons pèlerins comme l’indiquent les taches, incrustées de verre aux différentes couleurs, autour de leurs yeux.
Ce sont les statuettes prophylactiques du roi censées lutter contre les démons malfaisants.
Il existe aussi les ouchebtis ou shabtis. Il y en avait 413 dans la tombe de Toutânkhamon. Ils représentent souvent ce dernier sous la forme d’une momie, dans la position traditionnelle d’Osiris.
Ce sont les serviteurs funéraires, les répondants (de oucheb ou ushab qui veut dire répondre). Ils étaient chargés de satisfaire à l’appel d’Osiris pour remplacer le défunt dans les travaux des champs de l’au-delà. A l’origine, on les nommait chaouabtis ou shaouabtis, mot dont le sens est inconnu.
Parmi le reste du mobilier funéraire, voici la grande statue d’Anubis* (en fait une représentation de Toutâkhamon).

Elle était placée à l’entrée de la salle du trésor du tombeau, face à la chambre funéraire du pharaon, pour la garder des intrus.
Son rôle était également d’accompagner le défunt pendant tout son périple et sa vie dans l’au-delà.
La statue est en bois bitumé, avec des yeux en calcite et en obsidienne dont le contour est en or, tout comme, celui des sourcils, l’intérieur des oreilles et le tissu autour du cou. Ses griffes sont en argent.
Anubis* est couché sur le ventre, sur un coffre, au couvercle coulissant, en forme de sanctuaire, posé sur une sorte de brancard qui servait à transporter l’image du dieu lors de processions.
* Anubis est son nom grec qui veut dire, « jeune chien ». En égyptien, il est Inpou ou Inpu, anpu, Anepou, « le chacal » ou le « chien noir », et peut être représenté sous sa forme anthropomorphe. Divinité funéraire importante, c’est le maitre des nécropoles, le patron des embaumeurs, le protecteur des défunts, des tombes et des funérailles.
Le Musée Egyptien du Caire ne se limite pas évidemment au trésor de Toutânkhamon.
A tout seigneur, tout honneur : ce colosse d’Amenhotep IV (Aménophis IV en Grec), plus connu sous le nom d’Akhénaton.

On ne connait pas le moment exact de la naissance du père de Toutânkhamon. Il se situerait, suivant les spécialistes, 12 à 20 ans avant son règne qui aurait duré, pour certains, de 1353/1350 à 1338/1334 avant J.-C et pour d’autres, à des dates antérieures d’une vingtaine d’années.
Il est surnommé le pharaon hérétique pour avoir remplacé le culte du roi des dieux, Amon (qui signifie le caché) par celui d’Aton, le disque solaire, qui devient alors le dieu suprême.
Il s’en est fait le grand prêtre et a alors changé son nom d’Amenhotep (Qu’Amon soit satisfait) en Akhénaton (Celui qui est agréable à Aton).
La statue a été trouvée à l’est de l’enceinte du Temple de Karnak en 1925. Elle est en grès et mesure 2,39 m malgré le fait que les deux jambes à partir du genou soient perdues.
Akhenaton porte la barbe postiche en forme de trapèze et droite des pharaons vivants. Il est coiffé du khat (une variante plus simple et unie du Némès) orné d’un uræus et surmonté du pschent*, la double couronne :
– la couronne blanche, ou Hedjet, de l’ancien royaume du Sud (Haute-Égypte), associée au dieu Seth.
– la couronne rouge ou Decheret, de l’ancien royaume du Nord (Basse-Egypte), associée au dieu Horus.
* « Pschent » est la traduction grecque du « pa-sekhemty » ou « skhemty » qui signifie « les deux puissantes ».
Pour finir, voici la triade figurant Ramsès III* entre Horus et Seth, groupe statuaire en granite trouvé à Médinet Habou, au sud de Thèbes**-Ouest.
* Deuxième pharaon de la XXe dynastie, il aurait régné de -1184 à -1153 ou, selon d’autres sources, à partir de -1198.
** Nom grec de la ville de Ouaset ou Waset, en égyptien ancien, dérivé de « was », « le sceptre ».

Le faucon Horus (en grec) est le dieu du ciel et du soleil. Son nom égyptien est Hor ou Horou. Le théonyme Hr signifie étymologiquement le lointain, le supérieur. C’est celui qui est au-dessus, qui plane haut dans le ciel.
Il est ici sous sa forme hiéracocéphale, tête nue, mais il peut porter le pschent. Il représente le bien et est le garant de l’harmonie universelle.
Seth (Setekh, Setech, Seti, Sutecho, Sou-Tekh et Set, en grec) est une divinité guerrière. Dieu du désert et de l’aridité, du tonnerre et de la foudre, de la violence et du mal, il est habituellement représenté avec une tête d’animal non identifié aux yeux clairs, un museau allongé, des oreilles dressées aux bouts carrés, des cheveux roux (la couleur du mal), un corps rouge comme le désert et une queue fourchue.
Dans la mythologie égyptienne, Seth a assassiné son frère Osiris. Il s’en est suivi une lutte entre Seth et Horus, le fils d’Osiris, pour prendre le pouvoir sur toute l’Egypte. Lors de ce combat, le dieu faucon a perdu un oeil. Brisé et reconstitué par Thot, le dieu lunaire, il est récupéré par son propriétaire et devient le symbole de la victoire du bien sur le mal.
L’oeil d’Horus, également nommé l’oeil « Oudjat » (qui veut dire « complet ») est considéré depuis comme un attribut magique de protection.
Lorsque Rê (Ré, Râ), le dieu Soleil, créateur de l’univers, ordonne la paix entre les deux adversaires, ceux-ci incarnent alors la fonction royale par l’union indissociable du Double-Pays, les Deux Terres de Haute et de Basse-Egypte comme l’illustre la triade de Ramsès III, au musée du Caire où le « couple » divin encadre le corps divin du roi.
Ils nomment l’autorité royale et désignent Ramsès III comme roi régnant. Ce n’est donc pas à proprement parler une scène de couronnement.
On a ici une double dualité, symbolique et géographique.
Horus, le dieu du nord (Basse-Egypte), symbole de vie, et Seth, le dieu du sud (Haute-Egypte), symbole de puissance, qui peut être destructrice mais est aussi absolument nécessaire pour protéger la vie, défendent ensemble le royaume et protègent le pharaon.
Tous les trois tiennent à la main l’anse de la croix Ankh dont le hiéroglyphe signifie « vie », d’où son autre appellation : croix de vie . Elle symbolise donc l’immortalité et la vie, ainsi que le pouvoir pour le pharaon.
Il est à noter que Ramsès III ne porte qu’une couronne, le Hedjet.
Précédemment : Le Caire, 1989