Le Temple du Précieux Lotus Zen

La Grande Salle des Dix Mille Bouddhas et la Salle du Grand Héro.
Vue depuis la terrasse du Bouddha de Tian Tan.
Situé en contrebas du Bouddha de Tian Tan, à Ngong Ping, sur l’île de Lantau, le Monastère de Po Lin (Lotus précieux), fondé en 1906, est l’un des sanctuaires bouddhistes les plus fréquentés de Hong Kong.
En chinois, son nom exact est 宝莲禅寺 (chinois simplifié) que l’on traduit en pinyin par Bǎo Lián Chán Sì, qui signifie littéralement, Temple du Précieux Lotus Zen.

Photos Nathalie Donadille, 26 décembre 2016

La Porte de la Montagne (San Men) marque l’entrée principale du monastère.

C’est un Pai Lau (en cantonais) ou Pai Lou (en mandarin) : arcade ou portail traditionnel chinois monumental, généralement en pierre.

Lorsqu’en 1906, trois moines chinois de l’école du Bouddhisme Zen, venus du continent, viennent s’installer dans ces montagnes, ils ne construisent qu’une cabane au toit de chaume.

A l’époque, le lieu s’appelle d’ailleurs Tai Mao Pung (Grande cabane au toit de chaume) ou Big (Thatched) Hut. Ce n’est qu’en 1924 qu’il prend officiellement le nom de Po Lin Monastery.

Aujourd’hui, il a bien changé : de nombreux bâtiments magnifiquement décorés et colorés ont été ajoutés au milieu des jardins (en haut, à gauche, la Tour du Tambour (Drum Tower) ; en haut à droite et en bas, la Grande Salle des Dix Mille Bouddhas).

A l’étage du temple central, on accède à la salle principale du sanctuaire de Bouddha, la Salle du Grand Héro (Hall of Great Hero), achevée en 1970, où trônent de magnifiques statues de bronze dans l’autel dédiée aux Bouddhas des trois mondes :

  • Śākyamuni*, au centre, le Bouddha de notre monde ;
  • Bhaiṣajyaguru, le Bouddha de la médecine ou Maitre guérisseur (à gauche) ;
  • Amitābha, le Bouddha de la Lumière et de la Longévité Infinie (à droite, caché sur la photo).

Ils représentent, respectivement, ses vies présentes, passées et futures.

* Originaire du nord de l’Inde (dans une région située aujourd’hui au Népal), c’est le maître fondateur du Bouddhisme, Siddhārtha Gautama, le Bouddha historique, qui aurait vécu il y a environ 2500 ans (les dates exactes sont controversées). Śākyamuni signifie « Sage des Sākya », la tribu dont son père était le souverain.

Sous la Salle du Grand Héro, au niveau de la cour où ont lieu les cérémonies importantes du monastère, s’ouvre la Salle de Bodhisattva Skanda (Hall of Bodhisattva Skanda).

On peut y voir les statues du Bouddha Maitreya (amical, bonté aimante, en sanskrit) – qui est annoncé comme le futur Bouddha, le successeur de Śākyamuni – et du Bodhisattva* Skanda, connu en chinois sous le nom de Wei Tuo (ou Wei Tuo Pú sà), l’un des huit protecteurs divins du Bouddhisme chinois, le général gardien des monastères et de leurs trésors.

Sur les côtés de la Salle de Bodhisattva Skanda, les Quatre Rois Célestes** veillent sur les quatre points cardinaux du monde et protègent le Dharma***. En chinois, ils sont désignés sous le nom de Sì Dà Tiānwáng (littéralement : Quatre Grands rois célestes) ou Fēng Tiáo Yǔ Shùn (expression idiomatique qui signifie : vent propice et pluie opportune ; jouir de conditions climatiques favorables).

* Les Bodhisattva sont des êtres (sattva) humains ou divins ayant atteint l’état d’éveil (bodhi). Mais, par compassion, ils retardent leur entrée au nirvāṇa pour veiller sur les hommes.

** Dans la mythologie hindoue et bouddhiste, ce sont des Lokapāla (gardiens du monde : en sanskrit et en pali, loka signifie monde et pāla, gardien). En tibétain, on les connait sous le nom de ‘ jig-rtenskyong ; en chinois, t’ien-wang ; en japonais, shi-tennō.

*** Le Dharma (Dhamma en pali, langue parlée autrefois en Inde) est difficilement traduisible, mais on pourrait le rapprocher des termes « enseignement », « loi », « doctrine ». Il désigne la disposition normale de toutes choses (de la racine Dhṟ, soutenir), ou l’Ordre, la Norme. C’est l’un des Trois Joyaux du Bouddhisme avec le Bouddha (l’Eveillé) et la Sangha (la Communauté Bouddhiste). Le mot Dharma est également utilisé dans l’Hindouisme ou le Jaïnisme .

Voici donc :

  • Virudhaka (Celui qui agrandit le Royaume, Le Puissant), le roi gardien du Sud qui préside à l’été ;
  • Le chef des gardiens célestes bouddhistes est le roi gardien du Nord, Vaiśravaṇa, (Celui qui entend distinctement, Celui qui est savant). Il préside à l’hiver ;
  • Le roi gardien de l’Est, qui préside au printemps, est Dhritarashtra, (Celui qui maintient le royaume de la Loi) ;
  • Le roi gardien de l’Ouest qui préside à l’automne est Virupaksha (Celui qui observe tout ce qui se passe dans le Royaume, Celui qui voit tout).

A l’arrière du temple principal se trouve la Grande Salle des Dix Mille Bouddhas (Great Hall of Ten Thousand Buddhas) nommée ainsi pour ses milliers de statuettes de minuscules bouddhas dorés (je n’ai pas compté pour savoir si le nombre annoncé est vraiment exact !).

Dans le sanctuaire, au rez-de-chaussée, le seul niveau de ce bâtiment de cinq étages ouvert au public, s’alignent les statues en or des Cinq Dhyani Bouddhas, les Cinq Vainqueurs ou encore les Bouddhas des Cinq Familles.

Chacun symbolise un aspect différent de la sagesse, collectivement appelées, les cinq jñāna (connaissance, qui correspond au grec gnôsis) ou les cinq sagesses.

De gauche à droite, nous avons :

  • Ratnasambhava, qui signifie Celui qui est né du joyau ou Celui qui produit des joyaux, est le bouddha jaune, couleur de l’humilité, de la renonciation et de la vacuité, associée à la terre. Dans la représentation complexe et circulaire de l’univers qu’est le mandala*, il occupe le sud . Il figure la sagesse de l’égalité ou de l’identité. Il est le chef de la famille du ratna (joyau) ;
  • Amithaba (Lumière Infinie) le boudha rouge, comme le soleil couchant, à l’Ouest, la couleur du bien-être, de la chaleur, de la sagesse, de la dignité, mais aussi de la destruction. Il est la sagesse toute-discriminante et le chef de la famille du Padma (lotus) ;
  • Vairocana (l’Illuminateur) le bouddha blanc, lumière pure, couleur de l’absolu et de la centralité. Il est placé au centre du mandala car il symbolise la sagesse de base : la sagesse du dharmadhatu (Dhatu, le domaine, le royaume ou le champ figure le cosmos dans son ensemble et Dharma est synonyme ici de réalité, vérité, d’ultime). Les quatre autres sagesses n’en sont que des aspects particuliers. C’est  le chef de la famille du tathagata (épithète de bouddha), ce qui suggère qu’il est le Bouddha ;
  • Akshobhya (l’Inébranlable, l’Immuable, l’Imperturbable) incarne la sagesse-semblable-au-miroir. De couleur bleu foncé, celle du ciel de minuit sous les tropiques, la couleur de ce qui est rare et pur, le chef de la famille du vajra (diamant ou foudre) est situé à l’Est ;
  • Amoghasiddhi, le bouddha vert foncé de la nature, symbolisant la vigueur, l’équilibre et l’harmonie, est positionné au Nord. Il représente la sagesse toute-accomplissante. Son nom signifie Succès infaillible ou Accomplissement sans entraves. Il est le chef de la famille du karma (l’action).

* Mot sanskrit que l’on peut traduire par « cercle », « centre », « unité », « totalité ».

Précédemment : Tiāntán Dàfó (天壇大佛)

A suivre : HSBC Main Building, intérieur-extérieur, à Hong Kong

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