
Après le Saint-Sépulcre à Jérusalem (tombeau de Jésus) et la Basilique Saint-Pierre de Rome (tombeau de Saint Pierre), la Basilique Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, dans le Var, est le troisième tombeau de la chrétienté. Depuis 1840, elle est classée Monument Historique.
Photos Bertrand Donadille, 24 mars 2021
C’est le plus vaste édifice gothique de Provence et une des étapes du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle entre Menton et Arles.
Elevée en l’honneur de Marie-Madeleine, en même temps que le Couvent royal adjacent, à partir de 1296, sous le règne de Charles II d’Anjou, roi de Naples et comte de Provence (alors, séparée de la France), sa construction s’est étalée jusqu’au XVIe siècle (1532).
Le portail central sur la façade n’a jamais été terminé et le clocher jamais érigé.


La basilique donne sur le Parvis Charles II d’Anjou où se trouve l’Hôtel de ville. Ce dernier date du XVIIIe siècle (1750). Il est également classé Monument Historique (1951) pour sa façade et la toiture correspondante.

L’église mesure 73 m de long sur 43 m de large et sa hauteur atteint 29 m.
En longeant le côté sud de l’édifice, on peut observer sa structure extérieure.




L’intérieur est sobre (peu de décorations et de statues, formes épurées et simples) à l’exception peut-être (ou plutôt, sûrement), dans l’abside, derrière le maitre-autel, du retable en marbre rouge de Pourcieux, surmonté par une Gloire en stuc doré. Cet ensemble baroque date du XVIIe siècle.


Construite volontairement au-dessus de la crypte, la chaire du XVIIIe, avec ses panneaux représentant des événements importants de la vie de Marie-Madeleine, est en noyer.
C’est le cas également des boiseries des 94 stalles surmontées de 22 médaillons qui ont été réalisées dans le choeur entre 1681 et 1692.
Les Grandes Orgues (1772-1774) ont conservé, fait rarissime, l’intégralité de leur 2960 tuyaux d’origine. Elles ont été sauvées de la destruction en 1793, lors de la Révolution, par le jeune frère de Napoléon, Lucien Bonaparte*, qui a fait jouer sur l’instrument la Marseillaise** qui venait d’être créée (1792).
* Il séjournait à l’époque à Saint-Maximin. Il allait d’ailleurs épouser une fille du village, la fille de son aubergiste.
** Elle a été choisie comme chant national, une première fois, par la Convention en 1795 et l’est restée jusqu’à l’Empire en 1804. puis elle a été adoptée définitivement comme hymne national par la Troisième République en 1879.



Parmi les seize existantes, la Chapelle Sainte-Madeleine présente de grandes armoires (XVIIe siècle) creusées dans les murs latéraux qui servaient à ranger les nombreux reliquaires appartenant à la basilique et qui ont disparu à la Révolution.
Dans la Chapelle Saint-Crépin, une porte permet de passer dans le cloitre du Couvent Royal, anciennement Couvent des Dominicains lors de sa création.
Les religieux l’ont occupé jusqu’en 1957, à l’exception d’une période pendant et après la Révolution, de 1793 à 1859.


La crypte, quant à elle, serait l’ancien oratoire de Saint Maximin, l’évêque d’Aix-en-Provence, ou un mausolée paléochrétien du IVe siècle. En tout cas, c’est l’un des plus anciens monuments chrétiens de Provence.
La voûte a été refaite au XVe siècle et l’escalier double qui y descend date du XVIe.
On peut y voir, derrière une grille ouvragée, les restes, ou du moins considérés comme tels, de Marie-Madeleine, dans un reliquaire en bronze doré de 1860 (son crâne et un morceau de la peau de ce dernier dans un tube), de même que son sarcophage daté de 375 ap. J.C.
Ceux de Sainte Marcelle, des Saints Innocents et de Saint Sidoine, de la fin du IVe siècle, sont aussi conservés dans ce lieu. Tous les quatre, en marbre, sont classés Monuments Historiques.

Selon la tradition (provençale) la plus couramment admise, Marie-Madeleine (Marie de Béthanie ou Marie la Magdaléenne) aurait été une des proches disciples de Jésus, d’aucuns la présentant comme sa maitresse.
Fuyant les persécutions des juifs en Palestine, elle aurait débarqué aux Saintes-Maries-de-la Mer aux alentours de l’an 40, avec un petit groupe de fidèles, dont sa soeur Marthe, son frère Lazare et Maximin avec qui elle aurait évangélisé Marseille et sa région. Elle se serait ensuite retirée pendant les 30 dernières années de sa vie dans la grotte de la Sainte-Baume. A la veille de sa mort, elle serait redescendue dans la vallée pour mourir dans l’oratoire, dans les bras de Maximin. Plus tard, ce dernier y aurait été enterré avec elle.
Lors des invasions sarrasines au VIIIe siècle, les tombeaux des saints ont été ensevelis par les moines cassianites (disciples de Saint-Cassien) de l’Abbaye Saint-Victor de Marseille qui les gardaient.
En 1254, Louis IX (il a été canonisé en 1297 et appelé Saint-Louis par la suite), de retour de croisade, s’est arrêté en pèlerinage à la Saint-Baume et s’est étonné de ne pas trouver trace des reliques de Marie-Madeleine.
Son neveu, Charles II d’Anjou, a fait faire des fouilles en 1279 pendant lesquelles elles ont été retrouvées. Après leur reconnaissance officielle en 1281, le futur comte de Provence a décidé avec l’agrément du pape Boniface VIII de construire une église pour honorer la sainte, ainsi qu’un couvent pour abriter les moines dominicains chargés de veiller sur elles et sur la construction de la future basilique.
Précédemment : Les Saintes montagnes provençales couvertes de neige
A suivre : La Cascade du Tombereau